
La puissance brute et le frisson intrinsèque associés à la conduite d’un véhicule doté d’un ADN de sport automobile sont inégalés. Cet attrait va au-delà des simples améliorations esthétiques ou mécaniques de base ; il réside dans la présence de groupes motopropulseurs conçus à l’origine pour la compétition sur circuit. Ces moteurs, issus de l’intensité des épreuves de course, délivrent des performances exaltantes et à haut régime sur route, offrant une connexion directe avec les véhicules de course qui les ont inspirés.
Ce dossier explore dix modèles de production qui brouillent les frontières entre la piste et la route. Des V12 rugissants aux bêtes turbocompressées, ces dix véhicules de série proposent une expérience de voiture de course sur la voie publique. Avant de plonger dans cette sélection, il est essentiel de comprendre les motivations des constructeurs automobiles à investir dans le monde coûteux du sport automobile et l’impact de ces investissements sur les véhicules accessibles au grand public.
L’ADN du Sport Automobile dans les Véhicules de Série
Le sport automobile et les voitures de série ont toujours été étroitement liés. La compétition repousse les limites de l’ingénierie, soumettant les véhicules et leurs composants à des conditions extrêmes où la défaillance n’est pas une option. Les avancées techniques réalisées sur les circuits se répercutent inévitablement dans les voitures que nous conduisons au quotidien. Qu’il s’agisse d’aérodynamisme de pointe, de matériaux légers ou de technologies de motorisation transmises par la compétition, l’innovation née du sport automobile ouvre la voie à de meilleures voitures de route.
Des technologies comme les freins à disque et les palettes de changement de vitesse ont vu le jour dans le sport automobile avant de devenir courantes dans les véhicules de production. De plus, le succès en compétition renforce souvent l’image de marque d’un constructeur ; une domination sur les circuits rend les voitures de route plus désirables. Bien que la plupart d’entre nous ne posséderont jamais une voiture de Formule 1 ou un prototype de Le Mans, nous pouvons ressentir une connexion avec le monde de la course, notamment lorsqu’un moteur issu de la compétition rugit sous le capot.
Nous assistons actuellement à un regain d’intérêt des constructeurs pour le sport automobile, ce qui pourrait représenter une évolution majeure pour l’industrie automobile.
Alfa Romeo Montreal
Moteur : Tipo 33 atmosphérique V8
Cylindrée : 2,6 litres
Puissance : 200 ch
Couple : 173 lb-pi
L’Alfa Romeo Montreal abrite un moteur V8 de 2,6 litres, dérivé du prototype sportif Tipo 33 d’Alfa, un vainqueur d’endurance qui a participé à des épreuves telles que la Targa Florio et les 24 Heures de Daytona. Bien que détaré pour un usage routier, le moteur de la Montreal conserve une grande partie de son caractère sportif, atteignant 7 000 tr/min et développant 200 chevaux. Le rugissement de son V8, associé à ses lignes distinctives, en a fait l’une des voitures les plus fascinantes et sous-estimées à porter l’écusson Alfa.
BMW M1, M3 (E30), M5 (E28), M6 (E24)
Modèle : BMW M1, M5, M6 ; BMW M3
Moteur : M88 6 cylindres en ligne ; S14 4 cylindres en ligne
Cylindrée : 3,5 litres ; 2,3 litres
Puissance : 273 ch (M1) ; 282 ch (M5, M6) ; 197 ch
Couple : 251 lb-pi ; 243 lb-pi
Le pedigree de course de BMW est évident dans ses modèles emblématiques. La BMW M1, en particulier, était équipée d’un moteur M88 6 cylindres en ligne de 3,5 litres issu des programmes de course de la marque, notamment utilisé dans la série ProCar M1 de BMW. Par la suite, ce même moteur a équipé les E24 M6 et E28 M5. Le moteur 4 cylindres S14 de l’E30 M3 était également basé sur les moteurs M88 et les moteurs de Formule 1 turbo M12. Il s’est inspiré des courses de voitures de tourisme de BMW, partageant des pièces et une ingénierie avec les voitures qui dominaient en DTM.
Chevrolet Camaro ZL1
Moteur : 427 atmosphérique V8
Cylindrée : 7,0 litres
Puissance : 430 ch
Couple : 450 lb-pi
La Chevrolet Camaro ZL1 de 1969 était équipée d’un V8 de 427 pouces cubes (7,0 litres) conçu à l’origine pour la compétition Can-Am. Entièrement en aluminium, ce moteur était léger pour sa taille et produisait une puissance impressionnante ; il développait 500 ch, mais a été détaré à 430 ch pour la version routière. Le pack ZL1 a transformé la Camaro en un monstre légal pour la rue, et son moteur a continué d’équiper plusieurs voitures de course de la série SCCA Trans-Am. Avec seulement 69 exemplaires produits, la Camaro ZL1 est aujourd’hui un modèle incroyablement rare et recherché.
Ferrari Dino 206 GT
Moteur : Dino atmosphérique V6
Cylindrée : 2,0 litres
Puissance : 180 ch
Couple : 138 lb-pi
La Ferrari Dino 206 GT était équipée d’un moteur V6 de 2,0 litres initialement développé pour les voitures de Formule 2 de Ferrari dans les années 1960. Bien que détaré pour un usage routier, le moteur a conservé sa capacité à monter haut dans les tours, conférant à la Dino un esprit de course qui en faisait un plaisir à conduire sur les routes sinueuses. Il développait 180 ch, ce qui était largement suffisant pour une voiture pesant un peu plus de 900 kg. La Dino fut l’une des rares Ferrari ne portant pas le badge Ferrari et marqua la première incursion de la marque italienne dans les voitures de sport à moteur central V6, établissant un précédent pour les modèles futurs.
Ferrari F50
Moteur : Tipo F130B atmosphérique V12
Cylindrée : 4,7 litres
Puissance : 513 ch
Couple : 347 lb-pi
Créée pour célébrer le 50e anniversaire de la marque italienne, la Ferrari F50 porte le concept de moteur dérivé de la piste à un niveau supérieur. Son V12 de 4,7 litres était directement dérivé de la Ferrari de Formule 1 de 1990, la Tipo 641 (rebaptisée plus tard F1-90), pilotée par le légendaire Alain Prost. Ce monstre atmosphérique atteint 8 500 tr/min et développe 513 ch, offrant sur route le ressenti brut et non filtré d’une F1. Avec quelques modifications mineures pour répondre aux réglementations, la F50 était le plus proche possible d’une Ferrari de Formule 1 homologuée pour la route à l’époque.
Ford GT
Modèle : Ford GT (2005) ; Ford GT (2017)
Moteur : V8 suralimenté par compresseur modulaire ; V6 EcoBoost biturbo
Cylindrée : 5,4 litres ; 3,5 litres
Puissance : 550 ch ; 647 ch
Couple : 500 lb-pi ; 550 lb-pi
La Ford GT est un hommage à l’une des voitures de course les plus légendaires de tous les temps : la Ford GT40, victorieuse au Mans. Le V8 suralimenté par compresseur de 5,4 litres de la GT 2005 trouve ses racines dans le développement des moteurs d’endurance du constructeur, étant apparenté au groupe motopropulseur utilisé dans les voitures de course Daytona Prototype de Ford. De même, la plus récente GT 2017 bénéficie également de performances inspirées du sport automobile, propulsée par un V6 biturbo de 3,5 litres issu du programme EcoBoost de Ford utilisé en endurance.
Jaguar XJ220
Moteur : XJR-11 V6 biturbo
Cylindrée : 3,5 litres
Puissance : 542 ch
Couple : 475 lb-pi
L’une des voitures les plus emblématiques de la marque britannique, la Jaguar XJ220 était initialement prévue avec un moteur V12, mais elle a finalement reçu un V6 biturbo de 3,5 litres issu de la voiture de course Jaguar XJR-11 du Groupe C. Ce moteur issu de la compétition a permis à la XJ220 d’atteindre une vitesse de pointe de 217 mph, en faisant brièvement la voiture de production la plus rapide au monde. Le moteur de la XJ220 fut l’un des moteurs les plus avancés et éprouvés sur piste à trouver sa place dans une voiture de route.
Plymouth Belvedere
Moteur : 426 Hemi V8 atmosphérique
Cylindrée : 7,0 litres
Puissance : 425 ch
Couple : 490 lb-pi
La Plymouth Belvedere de 1964 peut ne pas sembler être une voiture de course à première vue, mais sous son capot se trouvait le légendaire V8 426 Hemi, un moteur développé spécifiquement pour la NASCAR. Connu sous le nom de “Race Hemi”, ce moteur a été une force dominante sur les circuits et a rapidement trouvé sa place dans la gamme de production de Plymouth. La version routière de la Belvedere, qui développait 425 ch, est devenue l’une des muscle cars les plus puissantes des années 1960, une réputation que la marque a conservée jusque dans les années 70 avec sa légendaire ‘Cuda.
Porsche 918 Spyder
Moteur : RS Spyder V8 hybride atmosphérique
Cylindrée : 4,6 litres
Puissance : 875 ch (combinée)
Couple : 944 lb-pi (combinée)
Le moteur V8 de 4,6 litres de la Porsche 918 Spyder était basé sur la RS Spyder, une voiture de course prototype qui a concouru dans la catégorie LMP2 aux 24 Heures du Mans. La 918 a combiné ce moteur dérivé de la compétition avec des moteurs électriques pour produire une puissance stupéfiante de 887 ch, lui permettant d’atteindre 100 km/h en seulement 2,2 secondes (selon des tests indépendants), ce qui en fait l’une des voitures les plus rapides de tous les temps. Bien que les moteurs électriques contribuent à cette performance, c’est le V8 d’inspiration course qui procure les sensations émotionnelles et sonores de la voiture.
Porsche Carrera GT
Moteur : Porsche V10 atmosphérique
Cylindrée : 5,7 litres
Puissance : 603 ch
Couple : 435 lb-pi
La Porsche Carrera GT est souvent considérée comme l’une des plus grandes supercars analogiques jamais construites, et une grande partie de sa légende provient du moteur V10 qui l’anime. Le V10 de 5,7 litres a été initialement développé pour la Formule 1 à l’époque des V10. Cela n’a pas abouti, il a donc été mis de côté et utilisé plus tard dans un prototype de voiture de course pour Le Mans qui n’a jamais vu la piste. Au lieu de cela, Porsche a décidé d’utiliser ce moteur, construit pour la course, dans sa supercar phare, permettant à la Carrera GT de développer 612 ch et de monter jusqu’à 8 000 tr/min. Avec sa construction légère et son ADN de sport automobile, la Carrera GT reste l’une des supercars les plus exigeantes à piloter.